En Loire-Atlantique
La vocation hygiéniste des premières colonies de vacances se traduit par l'accueil d'enfants dans le sanatorium de Pen-Bron à La Turballe fondé en 1887 par Hippolyte Palu et une communauté de religieuses. Le centre accueille alors des enfants faibles et rachitiques des faubourgs des villes en pleine expansion. En 1894, le centre accueille 240 enfants et a déjà reçu près de 2000 enfants depuis sa création. Le choix du site de Pen-Bron n'est pas anodin : il est situé à l'extrémité de la presqu'île du même nom, le centre héliomarin est encore aujourd'hui un site particulièrement original d'un point de vue paysager.
À l'origine, au début des années 1880, les enfants sont hébergés dans une ancienne sardinerie désaffectée.
En 1893, le centre est reconnu d'utilité publique et les dons de particuliers permettent l'agrandissement progressif du centre. Le bâtiment central est achevé en 1901-1902. Il est composé d'un avant-corps central et de deux ailes latérales complétées par une large galerie en plein air pour les cures d'air et de soleil, qui témoigne de la volonté d'offrir aux pensionnaires un cadre idéal pour profiter au maximum des bienfaits naturels de l'air et du soleil : les enfants, quel que soit leur état de santé, profitent des bains de soleil grâce aux galeries d'héliothérapie.
Le centre de Mindin à Saint-Brevin-les-Pins. Construit en 1862, il avait pour fonction première d'accueillir les personnes arrivant, par voie maritime, de pays infestés par des maladies contagieuses. Après la Première Guerre Mondiale, ce centre est transformé en sanatorium pour recueillir les enfants des zones sinistrées du nord et de l'est de la France.
Histoire de Mindin : Lazaret, Sanatorium, Hospice Public puis Etablissement Public Médico-Social de Saint Brévin les Pins
Le Château des Tourelles à Pornichet. Il est érigé en 1830, par le baron d'origine belge Wanters, puis passe successivement aux mains des familles Flornoy et Legrand. En 1938, il est acquis par la mairie du XIIème arrondissement de Paris qui l'aménage et en fait un lieu de colonie de vacances dès 1939.
Peu à peu, le centre s'est agrandi et des bâtiments vraisemblablement à usage de dortoirs ont été édifiés au tour du château. La colonie ferme en 2005. Inexploité, le château se dégrade rapidement, il est racheté en 2008 par une société privée qui l'aménage en centre de thalassothérapie et en hôtel 4 étoiles.
D'autres exemples existent dans la région, comme le château de Brécean au Pouliguen, aujourd'hui mairie de la commune, qui a abrité une colonie de vacances à partir de 1915.
Saint-Nazaire. Préventorium Ker-Saint-Eugène, à Saint-Marc-sur-Mer (1931)
Varades. Préventorium "Alexis Ricordeau" (1937-1939)
Un centre héliomarin est un établissement médical de cure, situé à proximité de la mer. On y utilise simultanément l'action thérapeutique des rayons du soleil et de l'air marin. Les premiers centres furent créés à la fin du XIXe siècle pour soigner les patients atteints de tuberculose. Aujourd'hui, les centres hélio-marins voient leur activité se diversifier notamment avec la rééducation fonctionnelle qui s'adresse à un public principalement victime d'accidents de la route, d'accidents domestiques, et de manière générale les personnes ayant bénéficié d'une ostéosynthèse.
Extraits concernant Pen Bron, issu de l'étude de Bernard Toulier
Au début du XXe siècle, le séjour en colonie de vacances est reconnu pour son action d’hygiène
préventive et ses vertus pédagogiques pour les enfants. Elle est la "première ligne de défense contre la tuberculose", "véritable croisade de paix et de rédemption", "oeuvre patriotique et
humanitaire" …
Un programme double : l'hôpital marin/sanatorium
La colonie de vacances est associée à l’hôpital marin : sanatorium destiné aux enfants scrofuleux, anémiques et rachitiques ouvert toute l’année et fonctionnant comme colonie de vacances durant la saison d’été. Le sanatorium du Moulleau dans la baie d’Arcachon en Gironde (ouvert dès 1882), celui de Pen-Bron face au port du Croisic en Loire-Atlantique (1887), de Cap-Breton dans les Landes (1889) fonctionnent selon ce modèle. En 1888, le comité protestant genevois convoie un premier contingent d'enfants valétudinaires au Lazaret de Sète. L'année suivante, ils se rendent à l’asile Dollfus à Cannes, installé depuis 1886 dans l’ancien hôtel de lord Brougham qui sera bientôt acquis par le comité genevois.
L’établissement, ouvert d’octobre à juin suit le rythme saisonnier des stations d’hiver de la Riviera
méditerranéenne, contrairement à ceux situés sur la façade atlantique, ouverts durant la saison estivale. De 1898 à 1903, la Caisse des écoles de Saint-Mandé dans la région parisienne envoie
les enfants au sanatorium Parmentier, dans une station balnéaire de la Manche à Berck-sur-Mer dans le Pas-de-Calais ; à partir de 1904, seules les filles sont hébergées au sanatorium Parmentier ;
les garçons sont accueillis au sanatorium Bouville et, de 1911 à 1913, ils sont envoyés au sanatorium de Zuydcoote dans le Nord. Il sera longtemps difficile de distinguer la colonie de vacances
temporaire de l’établissement permanent à caractère hospitalier (préventorium) ou pédagogique (école de plein air)...
... Les colonies de vacances, centrées sur l’hygiène préventive et la fonction pédagogique deviennent " indépendantes" et peu à peu autonomes par rapport aux
établissements "curatifs" spécialisés. L'objet de la colonie est, selon l'inspecteur des écoles Edmond Cottinet, "d'offrir une cure d'air aidée par l'exercice naturel en pleine campagne, par la
propreté, la bonne nourriture, la gaieté". La première génération des établissements climatologiques mixtes, associant le curatif et le préventif, l’hôpital et la colonie de vacances est
définitivement éteinte avec l’avènement des préventoriums à partir des années 1920, aboutissement de la spécialisation des installations sanitaires.
Les colonies scolaires
Le milieu scolaire est lui aussi sollicité : les Caisses des écoles parisiennes sont en première ligne. Edmond Cottinet, administrateur de la Caisse des écoles du IXe arrondissement de Paris, fonde en 1883 la première colonie scolaire à Luxeuil en Haute-Marne.Le choix du lieu est déterminé par l'altitude, supérieure à celle de Paris, et par la distance, raisonnable, de la capitale. Les colonies scolaires logent dans les écoles ou les pensionnats existants ou construisent des bâtiments spécifiques. Ces colonies municipales sont les premières à utiliser des structures à grande capacité d'accueil. En 1894, un vaste bâtiment de deux étages abrite les 111 enfants de la colonie du XIe arrondissement de Paris à Mandres-sur-Vair dans les Vosges, tandis que 150 enfants peuvent être reçus dans la colonie scolaire lyonnaise du Serverin dans l'Isère...
...À partir de 1893, des fonds du Conseil général du département de la Seine sont affectés aux
colonies de vacances. Dans les années 1890, les pouvoirs publics s'investissent davantage dans la lutte contre la tuberculose ; la colonie de vacances est considérée alors comme un traitement
préventif complémentaire. Des établissements hospitaliers comme Pen-Bron en Loire-Atlantique, Cap-Breton dans les Landes, Saint-Pol-sur-Mer dans le Nord et ensuite Arcachon en Gironde,
sont ouverts toute l’année et accueillent durant l'été une colonie de vacances. À Pen-Bron, la colonie est installée à l'écart dans l’ancienne sardinerie qui avait été utilisée comme premier
bâtiment du sanatorium. Jusqu’en 1914, la charité publique reste la principale ressource financière. À l’exception des premières colonies organisées par les municipalités, la participation
publique reste faible mais la contribution des familles est souvent nulle. Pour les colonies confessionnelles, le recours au financement privé est quasi exclusif...
Etude de Bernard Toulier, Conservateur du patrimoine
En date du 17 avril 2008
Consulter l'intégralité de l'étude
Colonies de vacances : Compte rendu du
congrès national de Paris 1910, F. Gibon, Rédacteur au Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux Arts
Extrait : Citation de Pen Bron